On connaît les missions des experts-comptables liées à l’établissement des comptes des entreprises. En quoi peuvent-ils jouer un rôle sur la création et l’innovation dans les entreprises ?
Françoise Savés : La profession a connu une vraie révolution et met désormais beaucoup plus l’accent sur ses missions de conseil. Notre rôle, c’est d’expliquer à tout chef d’entreprise qu’il a le devoir d’être innovant s’il veut pérenniser son entreprise. Pris par l’opérationnel, certains peuvent l’oublier. À nous de les aider à se projeter vers le futur.
 
Quelles ont été les initiatives de l’Ordre des Experts-Comptables pour accompagner cette mission ?
Françoise Savés : Pour aider les entreprises à anticiper, nous avons mis en place le Blog des Marchés du Futur. Nous avons souhaité offrir ainsi un service de veille et de prospective aux entreprises de toutes tailles et à leurs conseils.
Par rapport au financement de la Recherche & Développement, nous avons beaucoup travaillé sur le Crédit d’Impôt Recherche (CIR): mal connu, jugé complexe, il rebutait les experts-comptables. En 2006, j’ai créé un groupe de travail pour leur rendre le CIR plus accessible. Cela coïncidait avec la volonté du ministère de la Recherche de développer le dispositif auprès des petites (voire très petites) et moyennes entreprises. Il s’agissait aussi de « moraliser » l’accompagnement des entreprises en la matière.
Ce groupe de travail a produit des outils très pragmatiques : une présentation synthétique du CIR, un modèle de dossier de travail avec des check lists, des questionnaires-types, des feuilles de calcul, etc. Aujourd’hui, il reste à communiquer et à encourager concrètement les experts-comptables à recommander le CIR à leurs clients. Comme bien des missions en entreprise, la gestion du CIR peut les amener à intervenir en partenariat avec d’autres professionnels (experts scientifiques, avocats, etc.).
 
Le Crédit d’Impôt Recherche est cependant vécu comme un dispositif risqué par les experts-comptables…
Françoise Savés : De moins en moins. Le rescrit fiscal n’est pas un blanc-seing qui délivre l’entreprise de toute préoccupation sur la justification de ses opérations de recherche. Cependant, il permet de dédramatiser le risque de contrôle. Il oblige l’entreprise à avoir en amont une réflexion méthodique sur ses projets de recherche, leur finalité, les moyens à engager, etc. Et il permet aux entreprises d’établir un dialogue ouvert et constructif avec l’administration fiscale.
 
Cet engagement vous a porté depuis le début de votre vie professionnelle. Comment êtes-vous « tombée » dans ces sujets liés à la création et à l’innovation ?
Françoise Savés : Étonnamment, je n’ai pas toujours été expert-comptable : j’ai d’abord été chercheuse en micro biologie, mais aussi passionnée par l’esprit d’entreprise et donc souvent frustrée par l’écart entre la recherche fondamentale et l’innovation concrétisée par de nouveaux procédés ou produits. Aujourd’hui, je suis expert-comptable. Pourtant ma passion pour l’innovation ne m’a pas quittée, c’est mon milieu. Mon cabinet est organisé pour soutenir les entreprises innovantes et j’ai en pépinière une vingtaine de jeunes pousses prometteuses.
Accompagner la création et le développement des entreprises est un rôle de conseil très valorisant : il nous permet d’apporter notre pierre à la croissance et nous oblige à rester ouverts sur notre environnement. C’est également un levier de chiffre d’affaires évident ainsi qu’un facteur de renouvellement de notre clientèle.